chute du mur

Le Mur de Berlin est tombé il y a bientôt 20 ans. Pourtant dans l’entreprise certains continuent de croire en la vertu du plan quinquennal !

J’animais hier une formation chez un de nos clients. Lors d’un debrief, je mettais en garde l’une des participantes contre  la manipulation comme outil de management. Soudain une personne m’interrompit pour me dire « mais qu’y a-t-il de si mal à la manipulation ? Le leadership c’est bien ça, non ? On fixe un objectif et on met en œuvre tous les moyens pour qu’une équipe, une entreprise y parvienne ? » Comme souvent je n’avais pas le temps de me lancer dans une argumentation philosophique. Comme souvent le soir en rentrant à Paris au wagon bar du TGV, je songeais à ce que j’aurais pu lui répondre. Me venait à l’esprit alors cette foule d’illusions et d’attentes qui gravitent autour du concept de stratégie… nourries d’ailleurs souvent par le « bas » plutôt que par les commandements : « On a besoin d ‘un  leader avec une vision » ; « la stratégie n’est pas claire ; on  ne sait pas où on va ». Les directions générales sont transformées en Bureau du Plan. On en attend la vision pour pouvoir donner sens, méthodes, et jalons à son action. La ruine d’un système fondé sur ces même illusions dirigistes n’a-t-elle pas suffit pour mettre fin à cette vision du leadership ?

Chaque personne est dotée d’un libre arbitre quelque soit le contexte dans lequel il est plongé, des plaines de l’Indiana aux prisons chinoises. Son mouvement réel est nourri d’une seule énergie : sa liberté. Cela a bien sûr des conséquences sur la façon dont il peut être managé mais aussi sur la façon dont lui-même peut trouver du sens à son action. Ainsi, un management efficace ne peut être qu’une sollicitation de la liberté de chacun. Et le sens d’un travail, d’une mission, d’un projet n’est jamais donné par une direction générale. C’est la responsabilité et le travail de chaque personne, de chaque moment.

Alors bien sûr la liberté de l’homme est loin d’être pure. Elle est altérée, au sens étymologique. Mais je préfère vous laisser me le rétorquer. Rassurez-vous, je ne vois pas la fin du monde communiste il y a vingt ans comme le triomphe d’une pensée libérale naïve et sure d’elle mais comme la possibilité d’une grande discussion philosophiquee sur l’homme et la façon dont il peut être « managé ».

Mon train arrivait. Peut-être lirait-elle cet article, celle qui aujourd’hui attendait tant du leadership ?


Un commentaire en réponse à “chute du mur”

  • 1 Norine Rinckenberger Says:

    Ah, les retours de formation du consultant… la satisfaction des contenus transmis, des échanges, la gratification des évaluations des stagiaires, la fatigue de la journée qui s’abat sur vous, les regrets… manque de temps pour approfondir, confronter…

    Très cher Pierre, je n’ai pas ta capacité après une formation à m’interroger aussi intellectuellement, à fortiori en faisant un tel parallèle sur l’histoire …
    C’est peut-être parce que je rentre souvent en RER, tu reconnaitras que c’est quand même moins inspirant que la voiture bar du TGV et ses nouvelles housses Christian Lacroix… et sûrement aussi parce que, pour me détendre, je lis la presse féminine… je vois bien le décalage que ça crée…

    Allez, je suis motivée, c’est la rentrée, je m’abonne à PERSONNEL (j’attends juste la semaine prochaine, cette semaine, dans ELLE, il y a le supplément Astrologie 2009 … inratable !!!!!)

    Ah ….. un dernier point qui me chiffonne pour être tout à fait honnête …. Je me souviens parfaitement de cette journée historique de la chute du mur, j’y croyais moi, au plan quinquennal du DG… Mais c’était avant-hier, pas il y a 20 ans… Bon, si tu le dis… Ah, ces jeunes… Allez, je t’embrasse.

Votre commentaire