Il est 6 heures. Je me lève, je n’ai pas super bien dormi et pourtant je me sens serein : je me suis bien préparé. Il est 5h45. Je n’ai pas mon compte d’heures de sommeil et pourtant ça ne m’affole pas, je sais que c’est normal, j’ai l’habitude. Sous ma douche je fais des vocalises, j’ai appris à aimer ma voix, et je sais que je pourrai compter sur elle tout à l’heure. Je m’étire, je sens mes muscles se réveiller, je les sais en pleine forme : je cours depuis toujours et m’entraine pour cette épreuve d’aujourd’hui depuis 3 mois. Je prends mon petit déjeuner, le même que les autres jours et pourtant j’ai l’impression que le pain est meilleur, la confiture plus gouteuse. Le petit déjeuner : surtout ne pas changer ses habitudes, juste une dernière ration de sucres lents, dans le calme du petit matin. J’enfile mon costume : il est prêt depuis la veille, sur son cintre, j’ai le sentiment d’être un toréador : le trac est là, mais l’envie aussi. Mes fiches, mon ordi, tout est prêt. Mes affaires de courses m’attendent : j’ajuste mes chaussettes, mes lacets, mon dossard, il est hors de question qu’un souci de logistique me ralentisse ! Ma gourde, mes gels énergétiques. Je m’y rends en métro, ce sera plus sûr : inutile de subir un quelconque stress supplémentaire. J’y vais en scooter, ce sera plus simple pour se garer : nous sommes 40 000 à prendre le départ et je n’ai pas l’intention de stresser pour ça. Je suis dans les loges, près de la scène. On vient m’annoncer que cette convention, que je dois animer, va démarrer dans 20 minutes : je m’échauffe (et je ne suis pas le seul : le DG, et son DRH font de même !), grimaces, exercices d’articulation, vocalises encore, respiration… J’ai confiance, je me sens prêt : je m’entraine régulièrement et j’ai parfaitement répété ces dernières semaines. Je suis dans mon sas de départ. Je me suis échauffé en faisant quelques lignes droites. Là maintenant je sautille sur place et respire profondément (et je ne suis pas le seul !). J’ai confiance : je me suis préparé aussi bien en foncier qu’en fractionné ces dernières semaines. Le régisseur de plateau vient me demander si je suis prêt, on va y aller dans quelques secondes. On nous annonce « départ dans 5 minutes ». Le trac monte, que c’est bon ! Les spectateurs sont en place, ils sont 1300. Je vais entrer en scène. Mon cœur s’accélère, j’ai l’impression de ne plus savoir mon introduction, et j’aime ça ! Le départ est donné : surtout rester calme, continuer à respirer profondément, trouver mon rythme de croisière. J’entre en scène : surtout respirer, ne pas parler trop vite. Faire ce que j’ai fait en répétition. Je retrouve mes sensations, celles que j’avais lors de mes entrainements. Je prends du plaisir. Ca y est, je sens que je gère mon trac. Le plaisir remplace peu à peu le stress.
Voila, 1h40 que je cours. Je me sens faiblir un peu, je ne panique pas, je sais que ça peut arriver : le « jus » va revenir. Voila près de 2 heures que j’anime cette convention. J’ai bien « accroché » quelques mots, eu quelques hésitations, mais dans l’ensemble ça se passe bien. Je me remercie de m’être bien préparé. Je cours, depuis 3h10, c’est dur mais c’est toujours du plaisir : je suis fier de moi, je sais que je serai à l’arrivée, les gens sur le bord du trottoir m’encouragent. Je suis dans la partie interactive de cette animation et les spectateurs semblent apprécier mon envie de jouer avec eux : ils sourient, m’applaudissent… Je passe la banderole d’arrivée, je suis heureux, fatigué mais heureux. Les spectateurs m’applaudissent et pourtant je n’en connais aucun mais je savoure ces signes d’admiration… Je viens de conclure : les participants à cette convention applaudissent. Je réalise que je suis fatigué. Je retrouve un copain au massage, par hasard : on échange, et il me demande si je veux faire avec lui, le prochain marathon Nice Cannes : je dis oui, bien sûr ! Le DG vient me féliciter et me demande si je pourrai animer la prochaine convention pour leur force de vente : je dis oui, bien sûr !
Quand Symbiosis vous disait que « prendre la parole en public, c’est un sport ! ».
Et si on créait le marathon des orateurs….